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PAPERBAGG Magazine N°4, Mars – Avril 2017

C’était un vendredi ordinaire de l’année 2008, allongée dans mon lit devant un énième épisode des Simpsons, je me surprends à penser “Les anciens épisodes étaient nettement meilleurs quand même”, et là tout me revient. Dance Machine VOL 5, les fuseaux à élastique, les sacs banane, les K-Way colorés, et ces bons vieux collants à rayures à la Beetlejuice auxquels je vouais un fétichisme inavoué. Ce jour là, j’ai su que les 90s m’avaient rattrapée, et je n’étais pas la seule à y avoir succombé. À l’approche de la nouvelle décennie, les années 90 ont commencé à faire de l’oeil aux quasi-trentenaires comme une curieuse affliction qui semblait atteindre la génération Y sans distinction de genre ou d’âge. Depuis, les choses ne se sont guère arrangées. De nos jours, la musique des 90s est une référence, la mode ressort les grosses épaulettes et petites robes à fleurs façon Branda dans Beverly Hills, et on se repasse frénétiquement les saisons de FRIENDS sur fond de Mouhal Ômri Nensak. Obsédés par la quasi-tranquillité et l’effervescence technologique pré-2001, on plaint les enfants d’aujourd’hui car les pauvres ne débattront jamais qui de Son Goku ou Son Gohan est le plus fort. Ils resteront de marbre à la vue d’un walkman et de ce casque en métal qui serrait tellement la tête, qu’écouter de la musique en devenait pénible. Mais ont-ils vraiment raté quelque chose ? Nostalgie à l’oeuvre, on embellit nos souvenirs et expériences pour n’en garder qu’une moitié de vérité. Une vision édulcorée d’une vie passée, un mécanisme de défense qui nous évite de sombrer dans la dépression. L’irréversibilité du temps nous angoisse, c’est alors avec un plaisir à peine dissimulé qu’on reste scotché devant Pretty Woman un soir de semaine. Trop jeunes pour profiter pleinement des 90S, ces années étaient fascinantes à regarder pour les ados que nous étions. Avoir été témoins de la fin de la dernière décade du millénaire, nous a fait nous sentir uniques. Qui d’autre que nous peut se targuer aujourd’hui d’avoir attendu patiemment la Trilogie du Samedi? Pas nos parents et certainement pas nos enfants.
Cela dit, avec toute la tendresse que nous leur portons, nos expériences et émotions de jeunesse n’ont de valeur que parce qu’elles font partie de nos souvenirs. Vous voulez la vérité, toute la vérité et rien que la vérité? On était loin d’être cool. Un intellect biaisé par les hormones qui mettaient nos têtes sens dessus dessous, un humour au ras des pâquerettes sans parler de ces bubons surplombant nos fronts, au mieux on était cons, et au pire, fiers de l’être. Au final, être nostalgiques des 90s est quelque part notre façon de nous réconcilier avec une sale période, tout en embrassant le crétin qui sommeille en nous et rêve du jour où il refera surface!!

Lettre de l’éditeur, Amel Benlazhar, Rédactrice en Chef

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