Like

That talent show, Ladies first | Myriam Zeggat

Mon métier est de raconter des histoires

Elle a des rêves pleins la tête et fait partie de cette nouvelle génération d’artistes qui changent la donne. Myriam Zeggat exprime ses émotions et façonne son univers grâce au dessin.
Cette jeune femme, au talent certain, n’a pas froid aux yeux et n’hésite pas à aller au bout de ses envies artistiques quitte à parfois se heurter à des barrières. À travers ses œuvres, Myriam nous ouvre la porte de son monde décoré de toiles qui donnent à réfléchir.

Peux-tu te présenter à nos lecteurs ?
Je m’appelle Myriam Zeggat, j’ai 23ans. Mon métier est de raconter des histoires. J’ai suivi une formation aux beaux-arts d’Alger en option peinture où je suis actuellement en train de matérialiser mon projet de fin d’étude.

Quand et comment a commencé ta carrière ?
Je pense que tout a commencé à la publication de mon premier récit, une réadaptation en 06 pages du « Tambour » de Günter Grass dans un collectif bande dessinée dirigé par Etienne Schreder, en 2012. J’ai tout appris grâce à ce monsieur : le dessin, la motivation et la recherche.

Quelle est ta définition personnelle de l’artistique ?
J’aime cette question, y répondre en quelques lignes est une colle… L’artistique est une vitrine de notre imaginaire et bien au-delà, elle est comme un écran où se voit l’être humain et la société. L’art permet la communication d’informations subtiles, encore inexprimables. Pour moi, nous n’utilisons pas encore nos capacités créatives comme il se doit, et cela a pour conséquence le mimétisme aveugle, la stagnation des pensées…

En quoi consiste la vie d’artiste? Selon toi, quels en sont les avantages et les inconvénients ?
La vie d’artiste est la vie d’un chercheur. C’est un scientifique du percept. Personnellement faire de l’art a ouvert mon esprit à tant de nouvelles visions, mon esprit réagit nouvellement. Les avantages sont clairement que les pratiques de l’art sont des aventures, c’est fascinant ! Les inconvénients sont que dans notre pays, cela est aussi un combat.

Tu mets souvent la femme en avant dans tes créations, la femme forte, la femme rêveuse, la femme mère, la femme en colère… Que souhaite-tu transmettre comme message à travers cela ?
Le message se fait par soi-même. Parfois je décide de peindre une chose et j’en peins une autre beaucoup plus complexe car j’ai laissé parler en ce travail la partie en moi qui ne parle pas souvent, la partie inconsciente. Si la femme apparaît souvent c’est que j’ai passé ces dernières années dans une introspection pour mieux me connaitre et me positionner dans le monde ; je parle souvent de mes ressentis.

Dans l’une de tes interviews tu déclares que l’enfant intérieur revêt une importance particulière dans notre vie. Comment traduis-tu ceci dans tes œuvres ? Et de quelle manière cet enfant guide-t-il tes travaux ?
Il est apparu spontanément dans chacun de mes travaux. D’abord dans le « Tambour », l’enfant monstre est aujourd’hui dans la peau du petit prince, celle de l’âme qui s’exprime, de cette fameuse voix qui parle et prend la place de mon conscient quand je peins. Des fois quand je veux cerner les gens, je les imagine tout petit, enfant ; en ayant une discussion avec eux sur ce plan-là, j’arrive à mieux voir leur volonté et leurs pensées.

Tu es également bédéiste, comment as-tu découvert cette passion pour l’illustration?
Je dessine depuis toute petite, la passion que j’éprouvais pour la narration m’a tout naturellement amené à améliorer mon rendu visuel. À mes 18 ans pendant mes premiers ateliers de bande dessinée, on m’a dit : «  tu n’es pas douée pour un clou » ; alors j’ai travaillé dur et avec acharnement pour pouvoir maîtriser au mieux les lignes et couleurs, et ça ne m’a pas encore quitté.

Où peut-on se procurer tes BD ?
On peut trouver le collectif bd « Waratha » dans la librairie point-virgule, à Cheraga. Ou plus récemment le collectif Alger-Bruxelle-Havane, « Kronikas » en vente au même endroit.

Selon toi, comment l’art est-il perçu en Algérie ?
Un dilemme, une bizarrerie, un luxe, une jolie chose. L’art n’a pas encore de libre arbitre parmi nous, dans notre vie quotidienne ou dans les galeries.

Es-tu entièrement libre dans ton processus créatif ou te pose-tu des barrières morales et sociétales ?
Il y a sans aucun doute des barrières sociétales. Il n’est pas rare de se heurter à quelques violences en exposant de la nudité par exemple. Le plus étrange c’est que j’ai été face à ce genre de réactions au sein même de l’école des Beaux Arts d’Alger où des responsables de l’établissement ont confisqué deux de mes tableaux pour nudité. Cette affaire avait pris beaucoup d’ampleur et cela m’a fait réaliser l’immensité du spectre des tabous en Algérie et du travail à faire pour cultiver et éduquer.

Expose-tu souvent ?
Oui, il m’est arrivé d’exposer en Algérie et dans d’autres pays, de participer à des événements etc. Mais ça ne me fait pas vivre, c’est plus pour le fait de partager.

Quels sont tes projets futurs ? Tes envies ?
Je suis pour l’instant de tout cœur sur mon projet de fin d’étude, une adaptation théâtrale du Petit prince d’Antoine de Saint Exupéry. Après ma graduation, j’espère pouvoir avoir mon atelier et travailler avec les jeunes créatifs, tout genre confondu, de mon entourage ! Je sais que je ne pourrai jamais m’ennuyer en termes de travail. Il y a tant de choses à faire dans le monde, ça n’en finit pas !

Quels sont tes loisirs favoris ?
Et bien, tout dépend des périodes ! Parfois la lecture et la marche. D’autres fois les jeux vidéos et le monde de l’image, le cinéma et tout cela.
Alger manque encore d’animation et d’organisation, tout le monde se déplace en voiture et les endroits intéressants sont rares, j’aurais voulu pouvoir sortir plus dans les endroits publics, les lieux de rencontre…

Quelle est ta devise ?
Ces derniers temps c’est : « l’essentiel est invisible pour les yeux, on ne voit bien qu’avec le cœur »

Quelle est la question à laquelle tu aimerais répondre ?
Quelle est la couleur du soleil ?

Sur quels réseaux peut-on te suivre ?
Principalement sur facebook @Myriam Artworks ou sur Artstation.

Commentaires

Commentaires