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Couple, Et si on ne donnait pas tout en amour ?

«J’ai tout fait pour que notre couple fonctionne mais c’est un ingrat ». C’est une conclusion que beaucoup de femmes font à la fin d’une relation amoureuse ou maritale. Elle est suivie quelques mois plus tard, lorsqu’elles tentent de se reconstruire par une question : « faut-il tout donner en amour ? ». Puis vient alors le temps des résolutions où elles se disent : « C’est fini, la prochaine fois, je ne retomberai pas dans le piège, je ne donnerai que le minimum ». Mais est-ce facile de s’y tenir ?

Certaines auraient peur de perdre l’intérêt et l’amour de leur partenaire, d’être abandonnées ou que leur couple s’effondre alors que d’autres auraient peur de se sentir dépossédées de leur rôle de « donneuse d’amour » dont elles ont été dotées consciemment et inconsciemment par la société mais aussi par un héritage familial et maternel.

Pourtant, le trop plein d’amour, d’intérêt et d’efforts dans un couple qu’il soit d’un côté ou de l’autre lui est le plus souvent néfaste, provoquant frustration d’un côté et étouffement de l’autre. En effet, la femme investit beaucoup dans une relation affective. Lorsqu’elle rencontre un homme qui lui plaît, elle se lance dans une quête énergique de l’exclusivité de la relation et finira par y parvenir alors que l’homme entre dans cette dernière doucement et sans précipitation, emporté par son désir. Il y met alors beaucoup plus de temps que la femme, d’où cette impression de frustration, la première d’une longue série.

Cette première étape passée, la relation se heurte à une autre différence de fonctionnement et de perception de la relation résultant de l’héritage féminin et maternel.

Inconscient collectif et trans-générationnel

L’éducation actuelle des filles dans la société maghrébine et algérienne est fortement dictée par l’inconscient collectif, familial et trans-générationnel portant sur le «sacrifice de la femme et sa disponibilité à l’homme ».

Malgré un niveau d’instruction de plus en plus élevé et un nombre croissant de femmes actives, on observe un modèle familial traditionnel qui reste ancré dans la société algérienne où la femme reste dans le foyer à s’occuper des enfants et préparant le retour de l’homme parti gagner le pain qui les nourrira. Elle s’enquiert dès son arrivée de sa journée passée dans un environnement extérieur plein de mouvement alors que lui ne s’intéressera pas plus à la journée monotone qu’elle aura passé à l’intérieur du foyer.

Ceci positionne la femme dans une démarche constante de soin de l’autre. Elle donne en parole et en acte, alors que l’homme donne généralement seulement en acte. Elle passe ainsi une bonne partie du temps partagé avec son compagnon à essayer de préempter ses besoins et ses attentes sans qu’il n’ait à les formuler et donc de faire tout ce qu’il faut, voire davantage et recevoir peu en retour. Cette attitude est parfois qualifiée d’« invasion et d’intrusion » par certains hommes qui ont souffert d’une mère envahissante.

Les femmes actives n’échappent pas à cette réalité, elles se voient encore plus touchées par cette dernière, la société et les hommes étant plus exigeants avec elles car elles ont voulu travailler et sortir de ce foyer et évoluer dans un environnement extérieur qui était jusque-là réservé aux hommes.

Par ailleurs, ce don, sans retenu, en amour est parfois synonyme d’une tentative de contrôle sur l’homme pour qui s’engager veut dire renoncer aux autres femmes. Cette attitude cache bien souvent une peur inconsciente de l’abandon qui trouve ses racines dans la petite enfance.

L’amour, une histoire de dosage ?

Tout comme l’éducation des enfants ou le management d’une équipe, l’amour est aussi une question de dosage de comportements et d’attentions. Pour y arriver, il faut d’abord se remettre en question et évaluer son attitude par rapport au comportement de son compagnon qui est un réel indicateur à prendre en compte. Le laisser s’exprimer sur ses envies et ses besoins plutôt que de les anticiper, parfois faussement.

Le reproche et la victimisation sont également des attitudes qui intoxiquent le couple et qu’il faut bannir. Au lieu de cela, il faut veiller à formuler clairement ses besoins et ses attentes : « Reste avec moi ce soir, je n’ai pas envie de passer la soirée seule » vaut mieux que : « tu es sorti et tu m’as laissé passer la soirée seule ».

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