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Je dénonce mes agresseurs | Témoignages en série

Les agressions envers les femmes sont un fléau de plus en plus répandu dans notre société. Le pire, c’est que, pour certains, voire, beaucoup, c’est tout à fait normal !  Car, la femme est, je cite : «  la cause de tous les maux de la terre. » Bien évidemment, tout le monde sait que nous sommes des Dark Vador sans pitié qui oppressent l’univers et ses habitants avec le simple fait de conduire, de marcher dans la rue ou, d’exister.  Du coup, nombre de petits et grands se croient permis de con’battre ces dangereuses et terrifiantes créatures, en les attaquant quotidiennement, tels des petits lutins qui sortent de nul part, et en leur portant atteinte verbalement ET physiquement. En effet, réciter des formules magiques à base de vulgarités ne leur suffit plus ! Et vas-y que je te pousse par ci, que je te touche par la et que je te batte, te balafre, te viole ou t’écrase avec une voiture aux vues de « tout le monde » (ce tout le monde, ne voit pas, n’entend pas, et donc, n’intervient pas. Cette catégorie, est une espèce à part…). En somme, selon eux, tous les moyens sont bons pour éradiquer « la source de tous les problèmes de la société. »

Trèves de plaisanteries, une des accusées, en l’occurrence, MOI, va passer à la barre et raconter comment les plus malins de ces valeureux chevaliers lui ont fait vivre la misère !

Episode 1 : «  Wech bik ? On dirait drabha b Mouss ! »

Cette première aventure, a eu lieu quand j’étais étudiante. Je rentrais de la fac, en cous, accompagnée de mes deux meilleures amies. On discutait des cours que nous avions eu durant la journée jusqu’à ce qu’il … se mette à parler à mon amie en lui faisant des avances « bizarres ». On décide de s’éloigner, mais monsieur devient plus virulent et se plaint du fait que l’on s’exprimait en français : «  Hasbine rohom gawriettes peff ». Au fur et à mesure, ses propos devenaient plus violents. Afin de ne plus l’entendre, on descend à l’arrêt qui précédait le notre, préférant marcher au fait d’avoir de plus gros problèmes. Mais, ce fut une bien mauvaise idée. Car, tel un prédateur ne lâchant plus sa proie, il nous suit  et, sans que je m’en rende compte, je me suis retrouvée parterre avec une horrible douleur à la nuque et à la cheville. En relevant la tête, avec l’impression d’être dans un monde parallèle, je vois mes amies me regarder avec des visages décomposés et des agents de police, témoins de la scène, arrivant au loin. Monsieur, m’avait prise par la nuque et tiré vers le sol. Choquée, je ne savais pas si je devais rire ou pleurer, je marchais, puis je me suis retrouvée parterre, c’est drôle, non ? La police arrive, et mon agresseur, s’empresse de leur dire que je l’avais insulté. En affirmant le contraire, on explique aux agents de « l’ordre » ce qui s’est réellement produit, et là, le comble. Ces derniers, prennent mon agresseur et l’incitent gentiment à partir tout en nous accompagnons du côté inverse. Outrée, mon amie se met à crier en demandant pourquoi ils ne faisaient rien. L’un d’eux lui répond : « wesh bik . On dirait drebha b Mouss ! » Merci monsieur l’agent, je m’en souviendrai la prochaine fois …

Episode 2 : Au feu !

Ah ! Le bus et moi, une grande histoire d’amour.  Comme beaucoup de mes compatriotes et au fil des années, je suis passée pro dans l’Art d’éviter les tentatives de tripotages répétées ainsi que les dragages compulsifs (effectivement, quand certains s’assoient à vos côtés dans un bus, ils se croient automatiquement obligés de vous épouser. C’est une règle, chez les preux chevaliers.). Mais, ce jour là, mon agresseur, était plus imaginatif… Assise à ma place le né fourré dans mon bouquin, je sens un tiraillement dans mes cheveux. En me retournant pour voir ce qu’il en était, je trouve le pyromane, briqué à la main, entrain de tenter tranquillement de me brûler les cheveux. Rien que ça. Tout le monde était là, mais, comme d’habitude, tout le monde n’y a vu que du feu. Je me mets alors à crier en lui demandant quel était son problème. Lui et ses amis (oui, ils sévissent souvent en meute…), me « demandent » de me retourner, de me taire et de regarder devant moi… D’un coup, le bus s’arrête. Comme par miracle, le chauffeur, lui, n’était pas mal voyant, ni mal entendant. Il descend pour les secouer et les remettre à leur place en les menaçant de les laisser continuer à pieds s’ils ne se calmaient. Il me demande ensuite, de me déplacer et de m’assoir à côté de lui. Encore un peu apeurée par cette meute, je m’exécute. Le Hic, c’est que durant le trajet, ils reprennent du poil de la bête, et se mettent à provoquer et à menacer le chauffeur, car, ils ne comprenaient pas le fait que ce dernier me défende. Toutefois, la fin de cet épisode n’était pas aussi terrible que ça. Ma famille et les amis du chauffeur, nous attendaient à destination… face à beaucoup de gros bras, les lutins, faisaient moins les malins, et m’ont même présenté leurs excuses en versant quelques larmes.

Episode 3 : Viens m’embrasser !

Ne vous fiez pas à ce titre, on est bien loin de la belle chanson de Julio… C’était un weekend, je rentrais chez moi après une bonne journée entre copines. Je descends du bus (oui encore lui !) je fais quelques pas, puis je me retourne pour voir si les flics qui avaient arrêté mon bus l’avaient laissé repartir. Et là, je ressens une forte pression autour de ma nuque (décidément, elle n’a pas de chance celle-là…) une main, qui m’attirait vers un visage dégoulinant de sueur, baragouinant des mots que je ne comprenais pas, et surtout, voulant m’arracher un baiser. Non, vous ne rêvez pas. Oui, ceci s’est produit en pleine journée. Le soleil était là, tout le monde était là aussi, mais comme toujours, tout le monde n’a rien vu, ou pas …j’y reviendrai dans quelques lignes. Donc, coup de chance, j’arrive à pousser le sauvage avant qu’il n’arrive à ses fins. Il m’insulte et s’enfuit en courant. Mais, avant que je n’aie le temps de réaliser ce qui venait de m’arriver, son coéquipier, gesticulant comme un macaque, se retrouve face à moi, se met à genoux  et commence à crier en me disant qu’il aimerait me faire des choses pas très catholiques (les formules magiques, vous vous en rappelez ?). A ce moment là, je ne sais pas par quel courage j’ai pu avoir la force de lui donner un coup de pied lui a fait perdre l’équilibre. Il se relève puis s’enfuit. Je reprends mes esprits et je commence à marcher rapidement. Ma seule envie, était de rentrer chez moi pour pleurer et de ne plus en sortir. Mais, quelque chose de bizarre s’est produit, j’entends une voix ! C’était tout le monde. Oui oui, un homme qui a vu toute la scène me dit : «  ih khti, lazem ediri visas ou trohi hadi marahich bled, c’est des drogués baynine rohi rohi l edar ! » Realy dude ? Are you talking to me ?

Enfin, ce qui est à la fois triste et révoltant, c’est que ce genre de situations se produit tous les jours avec pratiquement toutes les femmes. Que cela soit par des mots, des actes, des agressions, des violes, des crimes, tout le monde ne voit rien. Tout le monde trouve ça normal et tout le monde rejette la faute sur la femme pour X raison. Mais, ce que tout le monde ne sait pas, c’est qu’en fermant les yeux, la bouche et les oreilles, tout le monde cautionne, et donc, tout le monde est complice. Mais ce que nous les femmes, ne devons surtout pas cautionner, c’est le silence. Racontez, dénoncez, criez, ne les laissez pas s’en sortir. Ne laissez pas votre histoire pour vous. Soyez unies, soyez fortes et osez démasquer ces monstres afin de stopper la banalisation de leurs actes, et surtout, de les punir sévèrement.

Personne n’a le droit de vous toucher sans votre consentement ou de toucher votre dignité.

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